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DIRIGER QUAND MÊME : AU RISQUE DE PENSER : A propos de Jeff Immelt

21/12/2016

Diriger n'a jamais été une sinécure, ni dans les entreprises ni ailleurs, et Freud n'a jamais été contesté lorsqu'il a déclaré que « gouverner » faisait partie des métiers impossibles tout comme éduquer. Une chose est sûre : cela n'a pas changé mais les entreprises, elles, ont changé et le rôle des dirigeants également...


Diriger n’a jamais été une sinécure, ni dans les entreprises ni ailleurs, et Freud n’a jamais été contesté lorsqu’il a déclaré que « gouverner » faisait partie des métiers impossibles tout comme éduquer. Une chose est sûre : cela n’a pas changé mais les entreprises, elles, ont changé.

Objets privés, elles sont devenues des institutions sociales et politiques, notamment les plus grosses d’entre elles, les fameuses GAFA (Google, Amazon…), souvent citées. Mais les autres, plus petites et moins puissantes, sont peu à peu touchées par ce changement de nature.

Cette institutionnalisation des entreprises, dont témoigne l'importance croissante de la fameuse RSE (responsabilité sociale des entreprises) crée une nouvelle donne et complique évidemment la tâche de leurs dirigeants. Ils n’ont plus seulement à rendre des comptes aux actionnaires, aux salariés, aux fournisseurs et aux partenaires sociaux mais aussi à des clients, qui sont aussi des citoyens, à des collectivités territoriales, à des associations, à des ONG…

D’où peut-être l’inflation des recettes (Cf. le dernier numéro de la version française de la HBR intitulé « Dix leçons infaillibles pour progresser, s’imposer et manager ses équipes ») et de rêveries autour des « styles de leadership », évoquées ici le mois dernier. Entreprises chercheurs leaders idéaux…

Cette passion pour la cuisine du "leadership" va de pair avec le "psychologisme, entendu ici comme la croyance dans la possibilité de programmer la psyché des individus afin de l’améliorer. Il est actuellement souvent comportementaliste et cognitiviste, s'imaginant que des exercices adaptés contribuent à remodeler la psyché récalcitrante, le " quotient émotionnel" par exemple.

Ce psychologisme est aussi "dopé à la moraline "aurait dit Nietzsche : il n’hésite pas à vanter « l’authenticité », la « bienveillance », la « confiance »…

Enfin, il voue un culte aux émotions, au ressenti et au « savoir-être », au nom des meilleures intentions. C'est ainsi qu'on a pu voir surgir la "phobie administrative" par exemple, caricature certes mais qui participe de cet élan. Pourquoi pas !

Un de mes clients, à l'occasion d'un assessment du comité exécutif s'est ainsi entendu reprocher de ne pas être "généreux", une cliente de "manquer d'empathie", une autre d'être "trop loin de ces aspirations profondes" : vite une solution. Rappelez-vous Toinette, déguisée en médecin dans Le malade imaginaire : " l'émotion vous dis-je !"

Cette prétendue vérité de l'émotion, qui a d'abord touché les dirigeants politiques, s’abat désormais sur nombre de dirigeants d’entreprise, séduits parfois du reste, médusés aussi.

Exit la raison, le raisonnement et la pensée surtout qui, rappelait Arthaud, oblige à "se contourner soi-même".

Dans ces conditions, quel soulagement de lire le mel de Jeff immelt à l’ensemble des collaborateurs de General Electric après l'élection de Donald Trump.

En voici deux extraits :


« We are a meritocraty with the highest standards »

"This election is the latest step in a longer-term, global term that we have been adjusting to for a while- one that’s marked by political volubility and populism (…) many people believe the system is not working for them.

Dans la première phrase, si j'ai bien compris, il réaffirme ce qui fonde en raison le principe de management de l'entreprise qu'il dirige. Je ne saurais dire si ce principe est toujours respecté mais il a le mérite d’être posé clairement.

Bien loin d’exprimer son « ressenti », dans la seconde, il se risque à une interprétation de la situation, qui suppose d’avoir un peu raisonné et un peu pensé au monde contemporain. Il offre un point de vue cohérent. Cela ne fait peut-être pas de lui un "style de leader charismatique" mais au moins un dirigeant qui essaie de penser quand même...

Catherine Blondel-Coustaud